Maternité Suisse : Château d'en Bardou
Le château d'en Bardou ou maternité suisse d'Elne (aussi connue sous les noms anglais the Mothers of Elne , catalan Maternitat d'Elna et espagnol Maternidad de Elna), est un château situé à Elne, dans le département français des Pyrénées Orientales.
Elégant bâtiment Art Nouveau achevé en 1902, coiffé d'une coupole vitrée est bâti à l'origine sur quatre branches égales en croix grecque. Commandée par l'industriel et homme politique Eugène BARDOU, cette grande demeure illustre l'extraordianaire essor économique du Roussillon.
Plusieurs personnes attribuent cette construction
à Viggo Dorph PETERSEN :
Plan original, ensemble demi-enterré, forme arrondie de la terrasse avec 2 escaliers , structure métallique pour le belvédère vitré, éclairage naturel au centre. Aucun élément d’archive ne permet d’étayer cette attribution. V.D. PETERSEN était l’architecte attitré de Pierre Bardou qui lui donne l’occasion d ‘exprimer son talent en construisant les châteaux d’Aubiry , Ducup et Valmy .
Ce château loué par le Secours suisse d'aide aux enfants des victimes de guerre, a été transformé en maternité entre 1939 et 1944 par Elisabeth EIDENBENZ (1913-2011). Son combat permettra de faire naître près de 600 enfants de mères de nationalités et confessions diverses.
La maternité suisse, classée Monument Historique en 2013, est un symbole d'espoir et de paix, inscrit dans le circuit européen de la mémoire du XXéme siècle. Ses expositions racontent son histoire et font résonner les voix humanitaires actuelles.
Qui était Elisabeth EIDENBENZ :
Élisabeth Eidenbenz est d'abord institutrice en Suisse et au Danemark, elle décide alors de rejoindre l’Asociación de Ayuda a los Niños en Guerra (Association d'aide aux enfants en guerre). Sous couvert de cette association, elle gagne Madrid en 1937, pour aider les mères et les enfants victimes de la guerre civile espagnole. Après la chute de la république espagnole, elle passe la frontière franco-espagnole et rejoint le Roussillon, où de nombreux réfugiés se massent dans des camps, comme celui d'Arglès sur mer. Atterrée par les conditions de vie dans ces camps, la malnutrition, les maladies et la forte mortalité des parturientes et des nouveau-nés, elle décide de venir en aide aux enfants, femmes enceintes et jeunes mères. Après une première tentative d'installation à Brouilla, elle ne se décourage pas et trouve un manoir désaffecté à Elne, la ville voisine, qu'elle reconvertit en maternité pour les accueillir.
Le bon fonctionnement de cette maternité repose au départ sur les dons affluant de toute l'Europe, mais à partir du début de la Seconde Guerre mondiale, ces dons se raréfient et des réfugiés venant de France et même de toute l'Europe commencent à affluer. De ce fait, la maternité doit s'associer à l’Oeuvre suisse d'entraide ouvrière (l'OSEO, plus tard associée à la Croix-Rouge suisse) pour continuer de fonctionner, et en devient contrainte de se plier à sa politique de neutralité. Selon cette politique, il leur est interdit d'offrir refuge à des réfugiés politiques, en particulier les juifs. Il est alors décidé de falsifier les identités des patients pour contourner cette règle, et ainsi, malgré une surveillance de la Gestapo, quatre cents enfants espagnols et deux cents Juifs sont sauvés. Néanmoins, en , la maternité est réquisitionnée par la Wehrmacht
Par la suite, Élisabeth Eidenbenz s'installe à Rekawinkel, en Autriche, où elle vient en aide aux victimes de viol de guerre.
À partir de 2002, son œuvre humanitaire commence à être reconnue après que plusieurs ouvrages relatent ces événements de la période de guerre.
La maternité, objet d'un rachat par la mairie d'Elne, a été transformée en lieu de souvenir. Un musée rénové a été ouvert en 2011, fréquenté par les touristes souvent catalans.